Dans nos formations de formateurs, il y a une slide presque vide qu'on aime bien projeter. En haut : « Votre auditoire est le héros ». En dessous : « Vous êtes le mentor ».
Pour l'expliquer, on plonge dans l'univers Seigneur des Anneaux. Gandalf sait à peu près tout ce qu'il y a à savoir sur la Terre du Milieu. Quand Frodon lui tend l'Anneau, il refuse pourtant de le porter à sa place. Il accompagne, il rattrape quand ça dérape, il oeuvre en second plan pour faciliter la tâche à Frodon, il garde certaines réponses pour plus tard... Et surtout, il laisse Frodon faire le chemin.
L'image fait sourire. Elle décrit pourtant assez bien ce qui se joue pour beaucoup de formateurs internes, et c'est ce qu'on voudrait détailler ici.
Le réflexe de l'expert, et pourquoi il se comprend
Dans la plupart des entreprises, on devient formateur interne parce qu'on connaît bien son métier. C'est une vraie force : on a des exemples, du recul, des réponses.
Le revers arrive souvent au moment des questions. Un participant commence à formuler la sienne, et on a déjà la réponse. Alors on la donne, complète, avec le cas particulier et l'exception à laquelle personne n'avait pensé. C'est juste, c'est généreux, et c'est ce que l'expert sait faire de mieux.
Seulement, pendant ce temps, c'est le formateur qui réfléchit. Le participant, lui, écoute une bonne réponse à une question qu'il n'a pas eu le temps de creuser.
Personne n'est en faute là-dedans. Quand on a appris son métier sur le terrain, transmettre ressemble naturellement à « dire ce qu'on sait ». La posture de mentor demande un autre réflexe, et un réflexe, ça se travaille.
Renvoyer la question avant d'y répondre
Le premier geste qu'on propose est simple : quand une question arrive, la renvoyer d'abord au groupe. Quelqu'un a peut-être déjà rencontré le cas. Si un participant y répond, la réponse a souvent plus de poids, parce qu'elle vient d'un pair qui vit les mêmes contraintes.
Le formateur ne disparaît pas pour autant. Il complète, il corrige si besoin, il fait le lien avec la suite. Il intervient après le groupe plutôt qu'à sa place.
Ça rejoint une règle qu'on applique dans toutes nos sessions, quel que soit le format : proposer une interaction toutes les 2 à 5 minutes. Une question renvoyée au groupe en est une, et elle ne coûte presque rien à préparer.
Les tiroirs : préparer plus, montrer moins
Le deuxième geste tient à une image qu'on aime beaucoup, chez MyVC : celle des tiroirs.
Un formateur expert a presque toujours plus de contenu que le temps disponible. Plutôt que de tout dérouler, on range une partie de ce contenu dans des tiroirs : un exemple supplémentaire, un approfondissement technique, un cas particulier, une démonstration. Ces tiroirs sont préparés, mais on ne les ouvre que si la salle en a besoin.
Avec un groupe très débutant, certains resteront fermés, et c'est très bien comme ça. Avec un groupe plus expérimenté qui pose des questions pointues, on en ouvrira d'autres. Le contenu de fond reste le même. La différence, c'est que le groupe décide en partie de ce qu'il explore.
C'est aussi une façon de rassurer l'expert : il ne renonce à rien de ce qu'il sait. Il choisit simplement le bon moment pour le partager.
Se régler sur le groupe, et pas l'inverse
Ces deux gestes reviennent à la même idée : c'est au formateur de se régler sur le public, pas au public de s'adapter au formateur.
Concrètement, ça veut dire accepter que deux sessions sur le même sujet ne se ressemblent pas tout à fait. On maintien la direction des objectifs pédagogiques fixés, mais on reste souple sur la méthode pour les atteindre. Le déroulé reste un repère, pas un rail à suivre sans jamais y déroger. Ce n'est pas toujours confortable au début, surtout quand on a pris l'habitude de dérouler ses slides dans l'ordre.
C'est pourtant ce qui fait la valeur du LIVE lors d'une formation synchrone. Si le contenu pouvait être transmis de la même façon à tous les groupes, un document complet envoyé par mail suffirait. Ce que les participants viennent chercher en session, c'est un échange qui tient compte de leur problématiques, des solutions qu'on peut leur apporter, de ce qu'ils vont en tirer pour évoluer et changer leur quotidien. C'est le sens qu'on donne chez MyVC à l'idée de remettre les participants au centre de la formation : faire de la place à l'interaction, avant de dérouler le contenu.
Ce que ça change, côté formateur aussi
Ce qu'on observe très souvent, quand un formateur adopte cette posture, c'est que les participants parlent davantage. Leurs exemples viennent du terrain, et ils sont souvent plus parlants pour le reste du groupe que ceux qu'on avait pris le temps de préparer.
Le formateur y gagne aussi. Il n'a plus à tout savoir ni à tout dire, ce qui enlève une bonne part de la pression, en particulier quand on forme en plus de son poste.
Travailler cette posture
C'est l'un des axes de notre formation « Maitriser l'art de Transmettre » : créer le lien avec les participants, choisir les bonnes méthodes d'animation, stimuler l'engagement et adopter une posture de formateur qui laisse de la place au groupe. Elle s'adresse aux formateurs internes et experts métiers, existe à distance (2 sessions de 3 h et 1 session de 2 h en classe virtuelle) ou en présentiel (1 journée), sans prérequis.
Et vous, dans vos sessions, quel est le tiroir que vous ouvrez le plus souvent ? Si vous voulez en parler, contactez-nous.

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